Aktualität
Depuis lâélection de Donald Trump en novembre 2016, nous avons assisté à des violents mouvements de flux sur les actifs financiers, plus particulièrement sur les obligations et les actions. Ainsi, les premières ont subi des sorties de fonds de plus de USD 42 milliards (source ML, ERPR) en deux mois, alors que les dernières ont tiré leur épingle du jeu en collectant environ USD 70 milliards dâargent frais, principalement outre Atlantique. Alors que de nombreux investisseurs ont été surpris par lâampleur et la vitesse de ce phénomène, la grande question qui vient à lâesprit est de savoir si cette nouvelle tendance est soutenable ou au contraire éphémère. Répondre à cette question de façon correcte est primordial pour la gestion de lâallocation dâactifs en 2017 car détenir une part trop importante dâinstruments réputés défensifs est en réalité une source de risque considérable. Avant dâesquisser une réponse, un petit rappel sur lâhistoire récente des marchés boursiers sâimpose.
Au cours des neuf dernières années, à savoir depuis la crise de 2008, un portefeuille composé équitablement en actifs risqués et instruments à revenus fixes a pu générer des performances positives durant les différentes phases de marchés grâce aux vertus de la diversification. En dâautres termes, à chaque période de stress sur les actions, ce sont les obligations qui se sont appréciées pour offrir un relais de performance au portefeuille équilibré, agissant ainsi comme un coussin amortisseur grâce aux effets de corrélation négative. Cerise sur le gâteau, il y a eu des périodes où les deux grandes classes dâactifs se sont appréciées simultanément, ce qui a bien évidemment facilité la tâche des gérants traditionnels. Ce mécanisme de protection naturelle des obligations est également la résultante dâun contexte économique déprimé où la menace déflationniste sâest faite grandissante. En effet, pour combattre cette menace, lâensemble des banques centrales des pays développés ont pris le taureau par les cornes en recourant à lâartillerie lourde par le biais de politiques monétaires non conventionnelle (plus communément nommée « QE » ou ajustement quantitatif) et ont donc acheté massivement les obligations, provoquant une hausse soutenue des prix durant la dernière décennie.
En partant du postulat que le climat économique était sclérosé, particulièrement en Europe et au Japon, les investisseurs se sont donc rués sur des actifs qui profitent du soutien inconditionnel des banques centrales (obligations) dâune part et qui offrent un rendement bien supérieur (actions défensives à dividende élevé par exemple) aux taux dâintérêts dâautre part. Les investisseurs les plus sophistiqués se sont aussi dirigés vers lâimmobilier ou encore des titres à faible volatilité. Les flux financiers sur ces segments spécifiques furent colossaux et ont mécaniquement créé une forme de bulle. Et comme toute bulle est vouée à éclater un jour, il vaut mieux les éviter au risque de se priver de la dernière jambe de (sur) performanceâ¦
Le facteur déterminant qui pourrait faire éclater cette bulle est un phénomène économique bien connu, décrit dans tous les manuels économiques mais finalement bien obscure pour la nouvelle génération: lâinflation. En effet, alors que lâélection de Trump a amplifié la hausse des attentes dâinflation au niveau mondial compte tenu de sa volonté de mettre en place des politiques expansionnistes, les prémices dâune recrudescence dâinflation était en réalité déjà visible en fin dâannée 2016. Et dernièrement, une batterie dâindicateurs nous laisse penser que la dynamique dâun mouvement haussier sur lâinflation est en marche. Aux Etats-Unis, lâinflation salariale avoisine les 3%, en Chine, les prix à la production sont passés en territoire positif (5.5%) pour la première fois depuis 5 ans et en Allemagne, au grand dam de certains politiques qui combattent la politique non conventionnelle de Draghi, lâinflation a grimpé de façon inattendue à 1.9%.
Si nous revenons à notre portefeuille équilibré, et dans un contexte où lâinflation devrait renaitre de ses cendres tel le phénix, ce sont les actifs risqués, à savoir les actions qui devraient produire lâessentiel de la performance positive. Cependant, les entreprises qui ont sensiblement profité de la baisse structurelle des taux en procédant à des achats massifs de leur propre action pour gonfler les bénéfices se sont endettés et un éventuel choc de taux pourrait les mettre à mal. Certains spécialistes estiment que ce seuil de tolérance, donc avant que des secousses ne se fassent sentir sur les actions, est environ à 3%-3.5% pour les taux long terme américains.
Alors que lâinflation mondiale pointe le bout de son nez, il nâest pas recommandé de surpondérer les actifs réputés défensifs puisquâils sont à la merci de lâéclatement dâune bulle. Il devient donc important de se positionner sur des thèmes dâinvestissement (titres financiers en particulier) qui profitent de la hausse des taux afin de contrebalancer les éventuelles pertes sur les segments obligataires. Et finalement, alors que le risque de voir les obligations et les actions produire des performances négatives simultanément en 2017 sâaccentue, il convient de garder une poche de liquidités importante. Câest dâailleurs le seul actif défensif, qui sera prochainement « bien » rémunéré, du moins en USD et selon les projections de la Fed.

