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LINK Management, cabinet de conseil en art, spécialisé dans lâanalyse et la gestion du collateral et le Groupe REYL, en qualité dâagent administratif et d'arrangeur ont lancé Griffin Art Partners, une plateforme de titrisation luxembourgeoise spécialisée dans lâoctroi de prêts sans recours garantis par des Åuvres dâart.
Griffin Art Partners propose des financements dâun à trois ans garantis par des Åuvres dâart pour un montant minimum dâun million dâeuros, permettant ainsi aux collectionneurs et aux professionnels dâemprunter sur la base de leurs actifs.
Interview croisée avec Xavier Ledru de la banque REYL, Aude Lemogne et Aymeric Thuault de LINK MANAGEMENT. Aymeric Thuault et Aude Lemogne, comment vous est venue lâidée de développer une nouvelle solution de financement avec le Groupe Reyl ? Nous travaillons depuis longtemps sur ce sujet, puisque notre cabinet de conseil en art fournit directement du financement à des professionnels du marché de lâart depuis des années, mais uniquement sous forme de co-investissement dans des Åuvres dâart. Nous nous sommes rendus compte progressivement que certains de nos clients collectionneurs pouvaient également être intéressés par du financement aussi bien pour accroitre leur collection, que pour financer certains besoins ponctuels. Plutôt que considérer une collection comme une entité inerte, source de coûts (assurance, stockage, etc..) elle devient "leverageable". Ce type de solutions sâest considérablement développé aux Etats-Unis depuis 12 ans, et a notamment permis au marché de lâart contemporain et dâaprès-guerre américain de connaître un nouvel élan entre 2005 et 2008.
Historiquement, nous sommes conseillers en art. Câest-à -dire que nous aidons les collectionneurs à étoffer leurs collections, mais aussi des investisseurs à diversifier leur patrimoine dans lâart. Grâce à notre profil hybride, puisque nous avons travaillé chacun en finance pendant 10 ans, nous apportons à nos clients une rigueur analytique quâils ne trouvent pas ailleurs. A lâapproche classique, qui consiste à analyser une Åuvre sous un angle esthétique et historique, nous ajoutons le paramètre financier, et la notion associée de risque. Xavier Ledru, vous êtes Directeur auprès de la banque REYL & Cie : comment vous êtes-vous intéressé à lâart ? Cela faisait un certain temps que nous etions actifs dans lâart au travers de notre branche family office. Cote investissement, nous avions identifié lâart comme un actif sur lequel il était possible d'adapter une offre innovante, et souhaitions nous positionner sur ce segment de marché. Au départ, nous avons envisagé créer un fonds « Art » classique. Cependant, après une analyse en profondeur du marché, nous nous sommes rendus compte que ce nâétait sans doute pas le produit le plus adapté à une clientèle privée. Nous avons alors cherché un outil présentant un profil moins risqué. En utilisant les différentes compétences de la banque notamment en matière de structuration juridique et financière, nous nous sommes orientés vers la modélisation dâun produit dâinvestissement à rendement fixe avec un sous-jacent art qui puisse répondre aux attentes des investisseurs que nous avions ciblés. Nous souhaitions en effet proposer ce produit à notre clientèle privée, mais aussi à dâautres banques, des family offices ou des fonds de dette privee, très actifs en Europe. Câest dans cette optique que nous avons rencontré Link Management, qui avait la même vision au sujet de l'offre à proposer mais surtout une grande rigueur dans lâanalyse et la due diligence. Câest cette philosophie commune qui nous a rapprochée. Quels sont les véritables avantages dâune telle plateforme pour les collectionneurs-emprunteurs ?
Xavier Ledru : Les emprunteurs comme les investisseurs ne sont pas forcément des clients de la banque. De plus les obligations 'asset backed' émises par Griffin Art Partners bénéficiant d'un code ISIN international, et peuvent être aisément souscrites au travers d'Euroclear ou Clearstream. Aymeric Thuault : Contrairement à certains de nos compétiteurs, chaque emprunteur dispose dâune liberté totale en terme dâutilisation des fonds, et aucune condition exotique ne vient durcir la procédure de défaut, en permettant par exemple à une structure partenaire de racheter le collatéral à vil prix. Nous ne prenons jamais en considération le risque de crédit de lâemprunteur et nâexigeons aucune garantie personnelle. Nous travaillons actuellement sur une solution qui permettra à nos clients de garder leur art chez eux, évitant ainsi une dépossession. Aude Lemogne : Nous sommes actuellement à même de proposer nos services sur différentes juridictions, nous permettant ainsi de travailler avec des collectionneurs aussi bien français, suisses, belges, italiens quâallemands. En termes dâéligibilité, nous sélectionnons majoritairement des Åuvres du XXe siècle, puisque statistiquement toutes les Åuvres créées depuis 1875 (date de naissance du mouvement Impressionniste) représentent plus du 80% du volume transactionnel du marché de lâart. Cependant notre équipe bénéficie également dâune solide expérience dans les Vieux Maitres, et pouvons en conséquence accepter toute Åuvre créée depuis la Renaissance. Xavier Ledru : Griffin Art Partners est un véhicule qui a vocation à durer. Nous nous imposons donc des critères dâéligibilité extrêmement stricts, liés à la due diligence effectuée par Link Management. Nous exigeons pour le moment une dépossession des Åuvres et leur remise sous le contrôle direct et effectif du véhicule. Par ailleurs nous nous basons sur la valeur d'estimation basse de lâÅuvre ou de la collection pour accorder un financement. Celui-ci varie de 30 à 50% de cette estimation basse (loan-to-value), ce qui nous donne une marge de sécurité importante étudiée en fonction du type dâÅuvre et lâévolution potentielle de sa valeur. Les Åuvres éligibles sont toutes de grande qualité, émanant d'artistes reconnus. Elles ne doivent pas présenter un risque de volatilité trop important. Comment « garantir » la valeur dâune oeuvre ? Aude Lemogne : Le calcul de la valeur dâune Åuvre est bien évidemment un aspect central de notre approche. Celle-ci est intimement liée à la procédure de due diligence que nous menons parallèlement pour chaque Åuvre. Nous sommes convaincus que nous avons lâune des procédures les plus approfondies en la matière. Nous avons dâailleurs dès 2013 décidé de la faire valider par un certificat ISO, afin de démontrer notre volonté de sérieux et assurer à nos services transparence et rigueur. La vérification de lâauthenticité de lâÅuvre est un élément central de cette procédure. Nous vérifions également si lâÅuvre nâa été ni spoliée ou volée. Puis tous les résultats sont synthétisés, afin de permettre à nos valorisateurs dâêtre le plus réaliste possible. L'art est-il une valeur refuge ? Xavier Ledru : L'art (surtout le segment haut du marché) est effectivement historiquement une valeur refuge, c'est indéniable. Cependant, au travers du fort appétit que suscitent les titres émis par Griffin Art Partners depuis son lancement, nous constatons que l'art peut également constituer pour un investisseur un outil innovant de diversification présentant en outre l'avantage d'être décorrélé des classes d'actifs traditionnelles. Aymeric Thuault : Nous sommes toujours surpris par les déclarations de beaucoup dâacteurs considérant lâart comme une classe dâactifs à part entière. De par son volume transactionnel global, lâart ne pourra jamais prétendre à ce statut et permettre à de gestionnaires dâactifs institutionnels dâintégrer lâart dans leur panel dâactifs. Lâart doit être effectivement considéré comme un moyen pour des investisseurs individuels, de diversifier leur patrimoine, en utilisant ses caractéristiques particulières (surperformance par rapport aux actions, obligations, matières premières, et or en période de forte inflation, avec ou sans croissance du PNB) de façon pertinente, et tirer profit de la forte résilience des Åuvres de prestige en période de taux bas.

