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Dans lâinvestissement immobilier, les investisseurs institutionnels ont historiquement favorisé les stratégies génératrices de rendements, en se concentrant sur des actifs stabilisés, au positionnement stratégique, entièrement loués et financés avec un endettement relativement faible. Le corollaire étant un rendement total plus faible, qui plus est dans un marché actuel cher où le potentiel dâappréciation de capital est limité. Ces actifs appelés « Core » nâexigent pas dâaméliorations ou de rénovations significatives, mais uniquement des dépenses dâexploitation. Les perspectives futures ne sont guère favorables à ce type dâapproche. Le consensus global étant à la hausse des taux dâintérêts, les investisseurs sâattendent à un impact négatif sur la valorisation des biens immobiliers. En effet, des taux dâintérêt en augmentation pourraient peser sur le profil de trésorerie des actifs financés à taux flottants, quant aux biens financés à taux fixes, les effets se feront ressentir lors du refinancement. Les stratégies dâinvestissement exclusivement basées sur une génération de rendements courants au travers des revenus locatifs présentent un risque non négligeable, car lâactif est fortement exposé aux conditions de financement. Les investisseurs cherchant à maintenir leur exposition en immobilier devrait dès lors réfléchir à se diversifier non seulement par actifs et régions, mais aussi par stratégies de création de valeur, en se tournant davantage vers les stratégies dites Value Add (VA - à valeur ajoutée).
Une stratégie VA consiste à acquérir des actifs qui présentent un potentiel de repositionnement, de rotation ou de rénovation afin dâaugmenter le rendement locatif et in fine la valeur du bien. Cette approche dynamique consiste à investir sur des thèmes porteurs liés à la démographie, lâurbanisation ou encore les tendances globales, telle que la croissance de lâe-commerce pour ne citer quâun exemple. Certaines de ces thématiques ne sont pas accessibles via une approche « Core », qui est par définition une stratégie passive. La création de valeur dans le VA est double : un rendement courant, et une appréciation de capital suite aux travaux dâoptimisation réalisés. Câest cette deuxième composante qui offre un coussin de protection supplémentaire face à une hausse de taux. De plus en plus dâinvestisseurs exposés aux stratégies « Core » diversifient ainsi leur exposition en investissant dans les stratégies VA. Cette approche devrait générer des rendements attractifs à moyen terme et offre une exposition à une typologie dâactifs différente. Il faut noter que dâautres risques sont présents dans ce type dâapproche. Un endettement supérieur est généralement utilisé et le repositionnement dâun actif exige des travaux de réaménagement et de rénovation impliquant leurs propres risques dâexécution. Bien entendu, une remise en état correctement exécutée ou une gestion améliorée dâun bien entraîne souvent une révision à la hausse de la qualité de celui-ci par le marché qui se traduit par une augmentation des loyers.
Les CFF, les Chemins de fer fédéraux suisses, constituent un parfait exemple dâimplémentation de stratégie VA. Ils détiennent un portefeuille extrêmement vaste et diversifié dâactifs immobiliers dans toute la Suisse et ont élaboré une stratégie complexe à forte valeur ajoutée. Les CFF restructurent en permanence les gares et les transforment en agences de voyages ou en magasins de détail, avec entre autres des librairies, des magasins de produits de beauté et des boulangeries. Les CFF ont réussi à générer une fréquentation au sein des gares qui nâest pas directement liée aux usagers qui les utilisent pour se rendre au travail, en transformant lâespace inutilisé pour du commerce de détail et autres infrastructures, en gérant plus efficacement les baux, tout en assurant un accès efficace et sûr au réseau ferroviaire.
Dans un environnement caractérisé par une hausse des taux, il importe tout particulièrement que les investisseurs immobiliers diversifient leur exposition aux stratégies moins sensibles aux taux. Le VA semble donc constituer une stratégie de choix dans la mesure où elle permet une diversification, tout en maintenant une exposition aux actifs immobiliers et en offrant une protection supplémentaire face aux hausses de taux.
Par Nicolas Roth, Responsable des actifs alternatifs, REYL & Cie (photo) et Jacques Chillemi, co-fondateur, Hermance Capital Partners

