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19/08/2019
Market Insight par Nicolas Roth - Grece : la prochaine histoire de redressement

Après une période d’austérité longue et difficile sous le régime de la Troïka, la Grèce a enfin entamé un nouveau chapitre de son histoire avec l’élection de Kyriakos Mitsotakis début juillet. Syriza et son leader, Alexis Tsipras, ont perdu la majorité au parlement après plus de 4 ans au pouvoir. Il est parfaitement compréhensible que les grecs aient ressenti un besoin de changement et la victoire du parti dirigé par Kyriakos Mitsotakis, Nouvelle Démocratie, reflète ce souhait. Les réformes et les investissements sont les principaux sujets à l’ordre du jour du parti au pouvoir, avec une priorité aux réformes. En effet, un certain nombre de changements sont attendus par les capitaux étrangers (notamment sur le plan fiscal) avant de pouvoir déployer en toute confiance les investissements dans le pays. La Grèce pourrait-elle devenir une opportunité d’investissement intéressante ? Quelles sont les réformes à l’ordre du jour pour que cela se concrétise ?

UNE LUEUR AU BOUT DU TUNNEL

Parmi les cinq pays qui composent l’acronyme peu flatteur PIIGS, la Grèce est le dernier à sortir du tunnel. Les économies du Portugal, de l’Irlande et de l’Espagne ont toutes renoué avec une croissance solide en s’attaquant avec une extrême rigueur à leurs problèmes bancaires et de crédit. Ces trois pays se redressent actuellement et commencent à prospérer : l’Irlande se positionne comme la plaque tournante européenne de certaines des plus grandes entreprises du monde, le Portugal attire des entreprises européennes en quête d’une main-d’œuvre qualifiée meilleur marché, tandis que l’Espagne jouit d’une économie diversifiée dont une large part est liée au tourisme. Ces pays ont pu progresser principalement grâce à leurs gouvernements déterminés et disposant des outils nécessaires pour mener des réformes visant à attirer les investissements et investisseurs étrangers. 

Kyriakos Mitsotakis et son parti Nouvelle Démocratie n’ont pas perdu de temps en matière de réformes. Leur toute première décision a été d’abaisser le taux d’imposition des sociétés de 28 à 20% sur une période de deux ans. Ils ont également réduit de 30% l’impôt foncier qui avait été mis en place pendant la période d’austérité et qui n’était guère apprécié par la population. Le Premier ministre compte également prendre plusieurs mesures visant à simplifier les procédures bureaucratiques actuelles, mesures considérées par l’opposition comme s’apparentant à une concentration des pouvoirs. Les autorités grecques s’efforcent également de s’attaquer au problème des 80 milliards d’euros de créances douteuses qui fragilisent le bilan des banques. Les prêteurs ont promis de réduire considérablement leur exposition aux prêts non productifs d’ici 2021. Pour remplir des objectifs aussi ambitieux, les autorités envisageraient une solution à l’italienne visant à désengorger les banques. Toutefois, pour être efficace, cette solution nécessite un marché secondaire et des investisseurs institutionnels motivés par un cadre juridique et administratif allégé les incitant à réaliser leurs opérations. Seul un très petit nombre d’investisseurs internationaux sont présents sur ce marché pour l’heure, mais il est fort probable que le nouveau gouvernement prendra les mesures nécessaires pour rendre ce marché viable.

En matière d’investissement, Nouvelle Démocratie est sur le point de mettre en place deux projets majeurs dans le pays, plus particulièrement à Athènes : la réhabilitation d’Hellinikon et le développement du Pirée, principal port. Ces deux projets ont déjà été largement annoncés, mais ils ont également connu des retards et des complications. Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis s’est engagé à lancer immédiatement le projet Hellinikon pour tenter d’attirer davantage d’investisseurs étrangers en quête de petites transactions. 

LE PLUS GRAND PROJET DE RÉNOVATION EN EUROPE

Hellinikon est considéré comme le plus grand projet de rénovation d’Europe au regard de sa surface constructible. Il est implanté sur l’ancien site de l’aéroport désaffecté en 2001. D’une superficie de plus de 6,2 millions de mètres carrés, soit environ deux fois la superficie de Central Park à New York, le site a été utilisé pour la dernière fois en 2004 dans le cadre des Jeux olympiques. Il est idéalement situé entre les avenues Posidonos et Vougliamenis, sur la riviera athénienne et à proximité des principaux centres d’intérêt de la ville. Le projet prévoit la réalisation de 4 000 chambres d’hôtel, de 200 000 m2 de bureaux de première catégorie, d’un port de plaisance et d’un casino, ainsi que de 15 000 logements résidentiels. Il a été bloqué pendant plusieurs années en raison de différends avec certains résidents et l’influent Service archéologique grec. Toutefois, la plus haute instance administrative du pays, le Conseil d’État, a récemment ordonné la levée des derniers blocages qui entravent au développement de la zone. En 2014, la Grèce a vendu le site à un consortium dirigé par le promoteur grec Lamda Development pour un montant de 915 millions d’euros. Le volume total des investissements est estimé à plus de 8 milliards d’euros. Le développement de ce site exceptionnel, qui permettra de créer un grand nombre d’emplois au cours et à l’issue du processus, deviendra sans conteste une nouvelle vitrine pour la Grèce, tant sur le plan touristique que commercial. Le deuxième projet majeur en Grèce concerne le port du Pirée. En 2016, le groupe COSCO, entreprise publique chinoise de transport maritime et de services logistiques, a acquis une participation de 67% dans l’autorité portuaire d’Athènes et est devenu le principal opérateur du port. Pour la Chine, cette acquisition s’inscrit dans le cadre d’un ambitieux projet intitulé « Belt & Road Initiative », une version moderne de la Route de la Soie, qui prévoit des investissements colossaux de Pékin jusqu’en Europe. Pour Athènes, Le Pirée fait partie des projets d’infrastructure indispensables ; il représente un investissement de plus de 3,5 milliards d’euros et se traduira par la création de nouveaux emplois bien rémunérés. Si tout se passe comme prévu, il pourrait également constituer un excellent exemple incitant les investisseurs potentiels à déployer leurs capitaux dans le pays. COSCO prévoit la création d’un port de plaisance haut de gamme pour les yachts, d’un terminal supplémentaire pour les bateaux de croisière, d’hôtels et de centres commerciaux, ainsi qu’une modernisation générale des infrastructures. Toutefois, illustrant à quel point la bureaucratie grecque peut entraver les projets, celui-ci a soudainement été interrompu en avril dernier lorsque le Conseil central d’archéologie et des musées a déclaré qu’une grande partie du Pirée était considérée comme un site archéologique.

LA GRECE N’A PAS ENCORE FRANCHI LA MONTAGNE

Certains investissements, certes plus modestes mais prestigieux, ont été effectués récemment, illustrant la nouvelle dynamique dans laquelle le pays semble se trouver. Au début du mois d’août, de hauts fonctionnaires du Koweït ont évoqué une coopération plus étroite entre les deux pays, en mettant l’accent sur le tourisme et les investissements. La présence du Koweït n’est pas nouvelle en Grèce. En 2016, le Koweït a acquis l’Astir Palace Resort auprès de la Banque Nationale de Grèce par le biais d’un véhicule d’investissement baptisé « Jermyn Street Real Estate Fund IV ». Vendu pour moins de 400 millions d’euros, l’hôtel est désormais exploité par la marque de luxe canadienne Four Seasons et est devenu le premier hôtel de la marque en Grèce. 

La Grèce n’est pas encore tirée d’affaire, mais le nouveau parti au pouvoir semble avoir élaboré un programme détaillé et être résolu à l’appliquer. Bien que l’attention se concentre principalement sur Hellinikon et Le Pirée, la réussite de ces projets ambitieux donnera le ton aux transactions immobilières de moindre envergure qui attireront des investisseurs plus modestes, mais ambitieux. Si l’histoire devait servir de guide pour prédire l’avenir, elle indiquerait que les conditions économiques favorables qui prévalent au sein des PIIGS laissent entrevoir un avenir très prometteur pour les investissements en Grèce.
 

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