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Les banques font face à des défis dâordre réglementaire, économique, démographique et technologique. Elles doivent trouver un second souffle.
Les banques jouent un rôle moteur et vital dans lâéconomie en fournissant de la liquidité et des crédits aux entreprises et aux ménages. En contribuant à lâéquilibre économique, elles sont dâintérêt public, ce qui nécessite une vigilance toute particulière de la part des régulateurs. Evoluant dans un univers réglementé, elles nâont cessé néanmoins dâinnover afin de rester incontournables. Sous lâimpulsion de lâinnovation, les produits financiers devenus de plus en plus sophistiqués sont à lâorigine dâune crise majeure, qui a remis en cause leur stabilité, leur solidité: socle de la confiance des clients. La crise de 2008 a été ainsi un terrain propice à lâémergence de nouveaux acteurs non bancaires maîtrisant parfaitement les nouvelles technologies et répondant de façon ciblée aux attentes des clients. Dans ce nouvel univers, les banques font face à de nombreux défis quâils soient dâordre réglementaire, économique, démographique et technologique. Leur modèle dâaffaires traditionnel nâest plus adapté à l'écosystème. Elles doivent donc trouver un second souffle, si elles veulent survivre.
UN MODÃLE DâAFFAIRES Ã BOUT DE SOUFFLE
Les banques vivent actuellement une nouvelle étape de leur histoire. Leur modèle dâaffaires traditionnel est attaqué de toutes parts. Leur rentabilité est mise à dure épreuve et cette tendance peut être observée sur tous les métiers bancaires mêmes les plus lucratifs, comme la gestion de fortune. Selon McKinsey, une banque privée européenne sur dix perd de lâargent.
La Suisse nâest pas épargnée, les résultats consolidés des banques ont chuté de 10% entre 2000 et 2016 alors que les coûts sur la même période se sont envolés.
Cette baisse des revenus sâexplique notamment par le niveau des taux dâintérêt. La marge dâintermédiation en est directement affectée. Les banques ont à leur disposition un arsenal leur permettant de limiter cet impact comme le refinancement sur le marché et lâaugmentation des volumes de crédits. Toutefois, ces outils peuvent aller à lâencontre des règles prudentielles et augmenter les risques (risques de marché, de liquidité et de contrepartie). Les coûts, de leur côté, nâont cessé dâaugmenter sous lâeffet de la mise en Åuvre des dernières réglementations et des investissements dans les nouvelles technologies. Les institutions financières rencontrent de nombreuses difficultés pour maintenir leur rentabilité. Elles font face à une nouvelle concurrence, celle de nouveaux acteurs non bancaires, capables de produire les mêmes services à moindre coût. La levée des barrières à lâentrée les oblige à revisiter leur processus de production trop vétuste. Cela nécessite une adaptation et un changement de mentalité. La pensée lamarckienne doit céder la place à une approche darwinienne dominée par lâagilité et le pragmatisme. Un nouveau modèle dâaffaire se dessine à lâhorizon reposant sur deux grands piliers: lâagilité et la rapidité dâexécution. Cette nouvelle stratégie dite digitale trouve sa source dans lâinnovation, puissant levier de compétitivité et de création de valeur, qui contribuera à améliorer à la fois le service aux clients et la rentabilité.
UNE INNOVATION OUVERTE ET ORIENTÃE NUMÃRIQUE POUR SE RÃINVENTER
Depuis les années 1990, lâinnovation financière est au cÅur de la stratégie des banques. Cette dernière relativement peu protégée, contrairement à dâautres secteurs, est orientée essentiellement sur les produits. Ils sont de plus en plus complexes et ont suscité une certaine défiance du public, atteignant son apogée lors de la crise de 2008 des subprimes. Sous lâimpulsion du progrès technique, les comportements et les attentes des clients ont également évolué rapidement en modifiant notamment la manière de distribuer les services et en favorisant la désintermédiation. La différenciation ne repose désormais plus sur les produits mais sur la satisfaction instantanée des besoins des clients. Pour identifier les nouveaux besoins, les banques doivent être à lâécoute et en phase avec leur environnement. Elles doivent sâouvrir et piloter lâinnovation différemment en abandonnant lâorientation produit au profit dâune approche client. Pour suivre le rythme effréné des évolutions technologiques, elles collaborent et créent des partenariats avec des fintechs en mettant en Åuvre une innovation dite ouverte. Cette ouverture est possible car elles bénéficient dâavantages certains, à savoir une expertise financière et une relation de longue date avec leurs clients reposant sur une valeur clé: la confiance. Cette dernière trouve ses origines dans leur réputation parfois écornée et dans la solidité de leur bilan, renforcé ces dernières années par les exigences prudentielles. La réglementation souvent décriée par lâindustrie, peut se révéler être à lâorigine dâun avantage comparatif capable de leur faire gagner des parts de marché et dâaméliorer leur compétitivité.
UNE GESTION PROACTIVE DES RISQUES: AU CÅUR DE LA CONFIANCE NUMÃRIQUE
Lâactivité bancaire fait lâobjet dâun fort encadrement réglementaire depuis 30 ans. Débuté en 1988 avec la mise en place du ratio Cooke, la pression nâa cessé de sâaccroître au fur et à mesure des crises. Les banques ont dû sâadapter et ont mis en place un cadre de gestion des risques pour encadrer leur activité. La transformation numérique amène avec elle son lot de nouveaux risques et catalyse également les problématiques existantes. Ces évolutions ne sont pas restées sous le radar des régulateurs. Ainsi en Suisse, la FINMA a revisité sa circulaire 2008/21 «Risques opérationnels â banques» pour intégrer des exigences concernant les cyber-risques. Ces dernières sont entrées en vigueur depuis le 1er juillet 2017 et sont applicables à lâensemble des banques de la place, peu importe leur taille. Il en est de même de la sécurité des transactions et des données sensibles des clients, qui sont soumises à des règles strictes et surveillées de près par les institutions financières. Les exigences vont dâailleurs sâaccroître à partir du 25 mai prochain avec la réglementation européenne GDPR (General Data Protection Regulation) qui vise à garantir la protection homogène des données personnelles au sein de lâUnion européenne. Les entreprises suisses ne sont pas épargnées, dès quâelles collectent ou traitent des données des différentes parties prenantes. Ainsi, les banques pourront se différencier de leurs concurrents et renouer une relation client durable.
QUELLE LEÃON EN TIRER?
Comme les banques ne sont désormais plus lâunique source de financement de lâéconomie, elles doivent se réinventer pour assurer leur pérennité. Cette (r)évolution passe inévitablement par la transformation digitale afin de satisfaire au mieux les besoins des clients, ceux existants et les Millenials. Elles peuvent sâappuyer sur des fondations solides, qui ont fait par le passé leur succès. Fortes de leur savoir-faire dans le domaine de la gestion des risques, les banques pourront se démarquer de leurs concurrents et développer une solide relation client, reposant sur un élément central niché au cÅur de leur activité, la confiance numérique. Toutefois, pour capter le potentiel de cette mue digitale, les banques doivent aller au-delà des exigences prudentielles en matière de données et amorcer une réflexion en profondeur sur la gestion de ce nouvel or numérique, qui sera une source inépuisable de profit, mais complètement inexploitable sans démarche préalable.

