Actualités
Après une première vague dâaccords relatifs à lâéchange automatique de renseignements (EAR) signés début 2016, le Département fédéral des finances (DFF) vient dâouvrir une procédure de consultation sur lâintroduction de lâEAR avec de nouveaux pays. Lâentrée en vigueur de ces accords est prévue pour le 1er janvier 2018, avec lâéchange effectif de données en septembre 2019. Les pays concernés sont, parmi dâautres, lâAfrique du Sud, le Brésil, la Chine, lâInde, lâIndonésie, Israël, le Mexique et la Russie.
Si lâextension des accords EAR ne peut pas être critiquée en elle-même, le choix des pays sélectionnés soulève en revanche un certain nombre de questions. En effet, le Conseil fédéral sâétait initialement donné comme objectif la signature des accords avec les pays qui (i) représentent un potentiel important pour la place financière suisse, (ii) offrent des garanties suffisantes quant à la confidentialité des données échangées, (iii) disposent de procédures permettant la régularisation des avoirs non-déclarés et (iv) acceptent lâouverture de leurs marchés de services financiers aux banques helvétiques. Force est de constater que ces critères nâont dans leur ensemble pas été respectés.
Intérêt pour lâindustrie financière suisse
Compte tenu de ces critères auto-imposés, il nous semble pertinent de remarquer que le potentiel de lâIndonésie pour lâindustrie financière suisse semble peu évident. Outre le fait que, compte tenu du décalage horaire, les habitants de ce pays ont une fâcheuse tendance à vouloir travailler précisément lorsque nous dormons, les fortunes locales portent davantage dâintérêt aux places financières de Singapour ou de Hong Kong quâà celle de Genève ou de Zurich. Aussi, lorsque les banques suisses servent leur clientèle indonésienne, elles le font le plus souvent à partir des filiales asiatiques.
Protection des données échangées
Nous sommes quelques-uns à être surpris par lâaffirmation du DFF jugeant que des états comme le Brésil ou le Mexique offrent toutes les garanties relatives à la protection des données. Tous ceux qui ont visité ces pays, ne serait-ce quâen touriste, savent que la confidentialité des informations y est à peu près aussi respectée que lâinterdiction de vendre de lâalcool durant la prohibition. Les conséquences de ces fuites sont parfois graves, puisquâil sâagit dâatteintes portées à lâintégrité physique des personnes concernées ou à celle de leurs proches.
Amnistie fiscale
La Chine est lâun des pays qui nâa introduit aucune procédure permettant à ses contribuables de régulariser leur situation fiscale. Signer dans ces conditions un accord EAR avec ce pays équivaut à jeter en pâture aux autorités locales un certain nombre de clients chinois des banques suisses, sans leur donner la possibilité dâexpier au préalable leurs péchés. Quand on sait la sévérité des peines quâils encourent (y compris pénales), on se demande si du côté suisse nous avons bien pris la pleine mesure de nos actes.
Accès au marché des services financiers
La première chose enseignée lors dâun cours de négociation, câest de ne jamais faire de cadeaux. Même dans les films américains, un malfrat est obligé de lâcher un otage pour obtenir la moindre concession des policiers. Pourtant, la Suisse a bradé son secret bancaire sans rien demander en retour. Comme câétait le cas avec lâUE, aucun des nouveaux pays ayant signé lâaccord EAR avec la Suisse ne sâest engagé de manière contraignante à ouvrir lâaccès de son marché domestique aux établissements financiers helvétiques. La Suisse continue donc de considérer son secret bancaire comme un héritage encombrant dont il faut se débarrasser, plutôt que dây voir un levier permettant de protéger ses intérêts économiques. La Suisse pourrait sâinspirer de Teresa May qui nâhésite pas à menacer lâUE dâune guère fiscale si lâaccès au marché financier européen est refusé aux banques britanniques.
En guise de conclusion, remarquons simplement que la sécurité juridique dont la Suisse a cruellement besoin ces temps-ci implique la prévisibilité de la politique menée par les pouvoirs publiques. Rapportée à lâextension des accords EAR, la sécurité juridique devrait forcer les dirigeants suisses au respect des critères quâils se sont eux-mêmes imposés.

