News
La sécurisation de l'information ne peut se résumer à des prouesses technologiques ou à des considérations budgétaires.
Enoncée voilà maintenant 50 ans, la loi de Moore prédisait que le nombre de transistors des microprocesseurs sur une puce de silicium allait doubler environ tous les deux ans permettant ainsi la fabrication dâordinateurs moins coûteux et plus puissants. Il semblerait que cette règle, proposée par Gordon Moore, un des fondateurs dâIntel, peut tout aussi bien sâappliquer à la cybercriminalité dont la rentabilité est supérieure à celle du trafic de drogue. Selon Edward Amoroso, RSSI de lâopérateur américain AT&T, le montant généré par la cybercriminalité serait de 1000 milliards de dollars, ce chiffre pourrait être sans doute encore plus élevé si toutes les sociétés dans le monde communiquaient sur les pertes financières liées à la cybercriminalité.
Le prestige de certaines cibles ne donne que plus dâampleur au phénomène. Home Depot, Icann, Sony Pictures, ATM, eBay, Le Financial Times ou encore JP Morgan Chase : les pirates informatiques nâhésitent pas à sâen prendre aux enseignes les plus célèbres.
Le phénomène a atteint une telle importance quâun rapport de lâOCDE, en 2011, classait la cybercriminalité parmi lâune des cinq plus grandes menaces planant sur lâéconomie mondiale.
Les banques, et le secteur financier dans son ensemble, sont forcément parmi les entités les plus exposées. Selon le cabinet PricewaterhouseCoopers, le quart des cyberattaques connues menées en 2013 à travers le monde auraient été dirigées contre elles.
Autrefois, le butin des « casses du siècle », version « brick and mortar », sâélevait tout au mieux à quelques dizaines de millions de francs, de dollars ou dâeuros. A Genève, lâUBS avait été ainsi délestée, en 1990, de 31 millions de francs en lâespace dâun week-end. Un montant cependant dérisoire en comparaison avec les sommes considérables en jeu aujourdâhui. Ainsi, lâan passé un groupe de pirates informatiques a réussi à détourner plusieurs centaines de millions de dollars après sâêtre infiltré, sur deux années, dans une centaine de banques. Les souris et les claviers dâordinateurs occasionnent maintenant beaucoup plus de dégâts que les burins des marteaux-piqueurs ou les mèches des perceuses. A lâère du numérique, la multiplication des voies dâaccès et des protocoles de communication obligent les entreprises financières à déployer dâénormes moyens pour préserver la confidentialité et lâintégrité de leurs données, ainsi que pour garantir la disponibilité de leurs systèmes dâinformation. Malheureusement, si la cybercriminalité est en plein essor, les budgets alloués à la sécurité de lâinformation ne suivent pas la même courbe de croissance. Malgré les enjeux, la direction opérationnelle de nombreux établissements considère les outils de lutte contre ce fléau comme des gadgets onéreux. Elle ne mesure pas encore les dangers encourus en raison de cette attitude.
On se croirait presque revenu à la fin des années 80, lorsque lâinformatique de bureau a connu de profonds bouleversements avec lâarrivée des réseaux locaux, des progiciels de gestion puis des applications client/serveur. A lâépoque, beaucoup dâentreprises nâavaient pas évalué à sa juste mesure les conséquences de ce tournant décisif, tardant à moderniser leurs systèmes dâinformation.
Il en va de même aujourdâhui pour la sécurité de lâinformation, quâil est préférable de ne pas catégoriser comme une mode passagère. Plutôt quâune pièce « ajoutée », il sâagit dâune pièce essentielle qui doit trouver naturellement sa place à la charnière du dispositif des Technologies de lâInformation et de la Communication (TIC). Dans lâéchelle des priorités, il est grand temps de la faire remonter au plus haut, exercice particulièrement délicat.
Face aux menaces résultant de lâimagination débordante des pirates informatiques et aux ressources dont ils disposent (temps et main-dâÅuvre illimités, outils logiciels peu coûteux), il est toujours plus compliqué de se protéger. Certes, que ce soient les pare-feu, les contrôles dâaccès ou les systèmes de détection dâintrusions, les solutions ne manquent pas, mais aussi sophistiquées soient-elles, elles ne suffisent pas. En effet, il est devenu tout aussi important, sinon plus, de se protéger des risques provenant de lâintérieur même de lâentreprise. Les comportements inadéquats des employés, volontaires ou non, sont souvent à lâorigine des incidents. Il suffit par exemple de lâouverture inconsidérée dâun email infecté pour créer une brèche dans le système de sécurité de lâentreprise. Mais dans ce cas, il existe des solutions techniques efficaces telles que les systèmes de filtrage des emails (email gateway, email filtering).
Lâexistence dâune culture du risque, liée à la sécurité de lâinformation, est la base dâun système pour se défendre face à la cybercriminalité. Cette culture du risque, câest-à -dire lâappropriation, par lâentreprise, des enjeux de la sécurité de lâinformation, doit être communiquée et inculquée à tous les acteurs concernés, membres de la direction opérationnelle et collaborateurs.
La sécurité de lâinformation ne peut se résumer à des prouesses technologiques ou à des considérations budgétaires. Les responsables de la sécurité ou de lâIT doivent pouvoir sâappuyer sur des décideurs qui se sentent concernés. Celle-ci ne doit pas être vue comme un centre de coûts, mais comme un maillon fort du processus de création de valeur. La sécurité réclame lâadhésion de tous. Après tout, sa finalité nâest autre que la protection de lâentreprise, de ses clients, de son patrimoine, de ses collaborateurs et de leur sphère privée et, enfin, de ses actionnaires.