News
Le système parlementaire se compse de deux chambres réunissant députés et sénateurs. Le référendum proposé efface ce système bicaméral.
Par Nicolas Roth, Co-Head Alternative Investments, Banque REYL
Le 4 décembre, les électeurs italiens seront appelés à se prononcer sur un référendum constitutionnel qui a suscité un vif intérêt auprès des observateurs internationaux. Bien quâil sâagisse plutôt dâun vote technique avec des incidences complexes, les médias italiens ont réussi à transformer ce référendum en un simple vote de confiance à lâégard de lâactuel Premier ministre Matteo Renzi. Dâaprès les derniers sondages, le non lâemporterait. En quoi consiste précisément ce référendum et quelles seraient les conséquences à moyen terme si les voix contre lâemportaient ?
à lâheure actuelle, le système parlementaire italien se compose de deux chambres réunissant un total de 945 élus partagés entre députés et sénateurs. La Chambre des députés a les mêmes pouvoirs que la Chambre des sénateurs et les projets de loi doivent être approuvés par les deux chambres pour être adoptés. En raison de ce système bicaméral, lâItalie est confrontée à un certain degré dâinertie lorsquâil sâagit de réformer les impôts, les tribunaux, le droit du travail et dâautres aspects juridiques de la vie économique. Dans le cadre du référendum proposé, le système bicaméral disparaîtrait, le pouvoir dont disposent les sénateurs serait diminué et leur nombre serait réduit. Enfin, un certain nombre de fonctions actuellement attribuées aux régions seraient re-centralisées afin dâaccroître lâefficacité du système. Au final, la validation de chaque nouvelle proposition de loi par le Sénat ne serait plus nécessaire. Le dernier changement se présente sous la forme dâune nouvelle loi électorale, baptisée « Italicum », qui fait lâobjet de nombreux débats, y compris au sein même du Parti démocrate de lâactuel Premier ministre Matteo Renzi.
Au premier abord, les objectifs énoncés dans le référendum sont plutôt positifs car ils permettraient de créer un cadre législatif plus efficace susceptible de faciliter les réformes. Toutefois, la situation est différente. Dès le début de la campagne, Matteo Renzi a incarné cette réforme, poussant ainsi les électeurs à exprimer (ou non) leur confiance en lâactuel Premier ministre. Mais le paysage européen est aujourdâhui caractérisé par une défiance générale de la part du public à lâégard des dirigeants actuels, de leur politique et de la bureaucratie de Bruxelles. Même si le référendum comporte un certain nombre dâavantages, les électeurs profitent des scrutins pour exprimer leur lassitude à lâégard du pouvoir en place et leur besoin de changement.
En matière de réforme, la plus nécessaire est de loin celle du système judiciaire. Selon le FMI, le règlement dâune procédure civile peut prendre jusquâà 8 ans si lâon tient compte des première, deuxième et dernière instances. Au sein de lâOCDE, la moyenne est de 800 jours. Réduire ces temps dâattente serait très utile pour relancer la croissance en Italie, le manque dâefficacité du système judiciaire ayant tendance à paralyser lâensemble du système économique. Tout dâabord, les investisseurs internationaux hésitent bien évidemment à déployer et à investir des capitaux dans un pays marqué par la faiblesse de son système judiciaire et la lenteur de ses tribunaux dans la mesure où leur degré de protection est incertain. Le coût du capital est plus élevé car les investisseurs tiennent compte de la faiblesse du processus dâapplication des lois dans leurs primes, prêtant ainsi aux PME italiennes à un taux nettement plus élevé que dans dâautres pays développés et pénalisant indirectement la croissance.
Si le oui lâemporte lors du référendum, le Premier ministre disposera de la souplesse nécessaire pour apporter un certain nombre de changements au système judiciaire. Parmi les pistes envisagées figurent la réduction du nombre de tribunaux, le relèvement des barrières à lâentrée sous la forme dâune augmentation des frais de justice, la promotion active de la médiation pour résoudre les litiges et la numérisation des tribunaux pour commencer à mesurer lâefficacité et suivre les résultats. Bien que la médiation obligatoire ait été jugée inconstitutionnelle en 2012, elle a été réintégrée un an plus tard mais reste peu utilisée car le public est mal informé sur cette option plus rapide et moins coûteuse. Un système juridique plus efficace devrait attirer des investissements directs étrangers dans le pays et agir comme un moteur de croissance à long terme.
Sur le plan politique, un vote négatif pourrait avoir plusieurs conséquences à court terme. Ãtant parvenu à transformer ce vote en une sorte de vote de confiance, le Premier ministre a indiqué à maintes reprises quâil démissionnerait du gouvernement si le non lâemportait. Bien que sa stratégie de communication ait quelque peu changé ces derniers temps, Matteo Renzi subira vraisemblablement la pression de lâopposition en cas dâéchec. Le scénario extrême en cas de non au référendum est une démission du Premier ministre, suivie dâélections anticipées et dâune avancée significative du parti eurosceptique Cinque Stelle au sein du gouvernement. Si le oui lâemporte, Matteo Renzi en sortira renforcé et les Italiens ne devraient pas voter avant la fin de la législature actuelle en 2018.
Dâun point de vue économique, une victoire du non aurait vraisemblablement un impact très négatif sur lâItalie, tout au moins à moyen terme. Le pays est perçu par les investisseurs comme étant nettement inférieur à ses homologues dâEurope méridionale comme lâEspagne ou même le Portugal en termes de facilité pour investir et de protection des créanciers. Le secteur bancaire italien en particulier a désespérément besoin dâune réforme judiciaire. La plupart des banques croulent sous le poids de créances douteuses prêtes à être vendues sur un marché secondaire inexistant. Même si un nombre limité dâinvestisseurs institutionnels a foulé le sol italien pour acquérir des créances douteuses, le montant du capital déployé est loin dâêtre suffisant pour résoudre le problème des 340 milliards dâeuros auquel les banques sont confrontées. Dans la mesure où la restructuration des créances douteuses est fortement tributaire de la capacité à faire respecter les contrats et à avoir accès à un système judiciaire qui fonctionne, il est difficile dâenvisager une amélioration significative sur ce point sans que des réformes substantielles ne soient menées.
La clé de ce référendum est la confiance. Les électeurs italiens exprimeront-ils leur confiance au Premier ministre Matteo Renzi ou sâopposeront-ils à sa politique et au gouvernement actuel ? Pour les investisseurs, une victoire du oui serait considérée comme un signe de continuité dans la politique actuelle et indiquerait que le pays ne craint pas de réformer ses institutions. En revanche, une victoire du non minerait la confiance des investisseurs en la capacité de lâItalie à réaliser les réformes indispensables et devrait se traduire par une perte de confiance et une incapacité à aller de lâavant.