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Un ralentissement de la croissance du PIB à 6,5 % est à prévoir en 2018. Dégonflement du secteur immobilier et désendettement de la vieille économie.
Les actions chinoises de catégorie H (actions de sociétés chinoises cotées à Hong Kong) ont été les plus performantes sur les marchés asiatiques en 2018, lâindice HSCEI progressant de 15 % en janvier, essentiellement sous lâimpulsion des afflux de capitaux chinois vers Hong Kong par le biais du programme Stock Connect. Les flux financiers hebdomadaires de Chine vers Hong Kong ont presque doublé au cours des trois premières semaines de lâannée par rapport à la moyenne observée en 2017. Les investisseurs chinois sont vraisemblablement revenus en masse vers les marchés boursiers suite à la suppression de plusieurs alternatives dâinvestissement très prisées : surveillance renforcée des produits de gestion de patrimoine, mesures visant à calmer le marché intérieur de lâimmobilier, restrictions sur les transferts de capitaux à lâétranger ayant une incidence sur les investissements immobiliers étrangers, et mesures récentes ciblant les cryptomonnaies. Dans lâunivers des actions chinoises, les actions de catégorie H sont celles qui ont suscité le plus dâintérêt dans la mesure où elles se négocient avec une décote importante par rapport à leurs homologues de catégorie A (actions de sociétés chinoises cotées en Chine continentale), comme en témoigne le fait que les actions A ont progressé de « seulement » 10 % en USD durant la même période. Malgré cette progression, la valorisation de lâindice HSCEI, qui affiche un ratio cours/bénéfice anticipé dâà peine 8x, reste attrayante.
Lâexcellente performance du marché actions sâexplique également, en partie, par la vigueur persistante de lâéconomie chinoise. La croissance du PIB chinois au 4e trimestre a dépassé les attentes avec 6,8 % en glissement annuel, ce qui porte le chiffre sur lâensemble de lâexercice à 6,9 %, un chiffre solide qui dépasse les 6,7 % observés en 2016 ainsi que lâobjectif officiel de 6,5 %. La Chine a bénéficié du redressement du cycle commercial mondial en 2017, redressement qui a dopé les exportations chinoises et la croissance du secteur manufacturier. Ce facteur ainsi que la reprise du secteur de lâimmobilier ont été les principaux moteurs de cette solide performance. En ce qui concerne lâavenir, nous anticipons en revanche un ralentissement de la croissance du PIB à 6,5 % en 2018, sous lâeffet du dégonflement du secteur immobilier et de la poursuite du désendettement de la vieille économie. Ce ralentissement sera compensé par la poursuite de la croissance soutenue de la nouvelle économie chinoise axée sur les services et les technologies de pointe.
Début janvier, les indicateurs économiques confirment ce point de vue, avec un ralentissement à 51,3 de lâindice PMI manufacturier officiel â le mouvement dâexpansion demeure, mais il est plus faible que prévu et plus lent que la croissance observée en décembre. Ce rééquilibrage de lâéconomie chinoise au détriment du secteur manufacturier et au profit des services est confirmé par le solide chiffre de lâindice PMI non manufacturier de janvier, qui progresse à 55,3, preuve que la croissance du secteur tertiaire chinois reste vigoureuse.
Ce rééquilibrage sâinscrit dans le cadre dâune réorientation majeure de la Chine pour lâavenir. Sâil a été notable en affirmant définitivement le Président XI Jinping comme le plus puissant dirigeant chinois depuis Mao Zedong, le 19e Congrès du Parti organisé en octobre dernier a également amorcé un changement dâorientation politique : la Chine ne poursuivra plus une stratégie de croissance à tout prix (autrement dit plus dâobjectif absolu de croissance du PIB), mais se concentrera plutôt sur une croissance de qualité. Les autorités chinoises ont pris conscience des problèmes liés à la quête obstinée de croissance, comme la mauvaise affectation du capital, les dommages environnementaux et les divergences en matière dâégalité de revenu. Pour réduire le risque systémique, la liquidité sera détournée des secteurs problématiques (comme le secteur financier, les entreprises zombies et les véhicules de financement des administrations locales) et réorientée vers les secteurs à forte croissance comme lâindustrie manufacturière à haute valeur ajoutée et en faveur de lâentrepreneuriat et de lâinnovation. Dâautres initiatives viseront à diminuer la pauvreté et à relever les défis environnementaux.
Sâil est probable quâelles feront chuter le taux de croissance global, ces mesures sont néanmoins nécessaires pour réduire le risque au sein du système financier et positionner le pays en vue de la 4e Révolution industrielle qui sera animée par le numérique et lâintelligence artificielle. Lâémergence et la croissance des géants chinois de la technologie Baidu, Alibaba et Tencent (BAT) rivalisent avec celles de leurs homologues occidentaux (FANG). Lâinvention et la vitesse dâadoption des nouvelles technologies en Chine ont été tout à fait remarquables. Avec une plus grande aide de lâÃtat, il ne serait pas surprenant de voir la Chine devenir leader mondial dans certains secteurs comme les véhicules autonomes/électriques et lâInternet des objets.
Quels nuages pourraient venir assombrir cet horizon enchanteur ? La mise en Åuvre de ce changement de politique est le premier obstacle à franchir. Les fonctionnaires de lâÃtat ont eu des objectifs de croissance clairs jusquâà présent, mais aujourdâhui ils doivent sâadapter à ce changement. La politique mise en place récemment visant à réduire lâutilisation du charbon en faveur du gaz naturel, combustible de chauffage beaucoup plus propre, est un exemple de ces difficultés initiales. En effet, certaines infrastructures comme les canalisations devant être adaptées avant que le gaz puisse être distribué aux ménages, des retards ont été pris dans lâapplication du projet. En conséquence, de nombreux Chinois se sont retrouvés sans chauffage au plus fort de lâhiver, contraignant les autorités à faire machine arrière et à revenir au charbon.
Le changement éventuel dans la politique commerciale entre les Ãtats-Unis et la Chine constitue un autre risque potentiel. Alors que la récente imposition de droits de douane supplémentaires sur les panneaux solaires et les lave-linges a peu dâimpact sur les exportations chinoises, lâenquête menée actuellement en vertu de la « Section 301 » sur les pratiques de la Chine en matière de transfert de technologies pourrait avoir des conséquences nettement plus marquées. Les élections américaines de mi-mandat étant prévues en novembre, il est probable que le président D. Trump cherchera à marquer des points auprès de son électorat en insistant notamment sur ces questions commerciales.

