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22/02/2016
Fonds de pension: L’avenir ne se construira pas sur les vestiges du passé - Florence Anglès, Directrice de la gestion des risques

Les fonds de pension sont-ils prêts à jouer le rôle de relais de croissance de l’économie réelle ?

La crise financière de 2008 a déstabilisé les banques dans leur rôle de financement de l’économie. Ces dernières ont ainsi réduit leur activité de prêt nécessaire à l’investissement des PME, de l’innovation et des infrastructures. Les fonds de pension, investisseurs à long terme, sont une source potentielle de financement de l’économie réelle. Des initiatives ont vu le jour afin de favoriser l’investissement institutionnel de long terme. La reprise de certaines activités bancaires par d’autres acteurs du marché ne signifie pas pour autant que le risque a diminué, il a juste été transféré.

La taille du marché des fonds de pension n’a cessé de croître depuis fin 2008 et représente des montants pharaoniques. Leur importance est devenue telle, qu’elle excède même le PIB de certains pays de l’OCDE. Les Pays-Bas arrivent en tête suivis de près par la Suisse. Les fonds de pension, investisseurs à long terme, sont capables de prendre des risques et d’immobiliser du capital. Ils doivent générer des rendements suffisants pour maintenir leurs engagements. L’atteinte de cet objectif dépend de la réussite de leur investissement, dont la pierre angulaire est l’allocation stratégique. Avec des engagements en augmentation constante, des titres à revenu fixe venant à échéance, la quête de rendement dans un contexte de taux désespérément bas peut rapidement devenir un défi de taille. Pour le relever, les fonds de pension peuvent être incités à repenser leur allocation et accroître leur appétit pour des classes d’actifs plus risquées et moins liquides. Le regain d’intérêt pour les placements alternatifs reste cependant circonscrit aux pays représentants les plus gros marchés de fonds de pension. L’engouement pour cette classe d’actifs pourrait s’accentuer dans les prochaines années dopé par les initiatives de promotion du financement de marché. Ainsi, la révision de la directive sur les Institutions de Retraite Professionnelle, IRP II, du 27 mars 2014, s’inscrit dans la feuille de route de la Commission européenne pour répondre aux besoins de financement à long terme de l’économie réelle. La Suisse n’est pas non plus à la traîne dans ce domaine. Même si les banques cantonales de par leur mission de service public fournissent des crédits à leur région et aux PME, le besoin de financement se fait également ressentir, tout particulièrement pour les start-up innovantes. Le projet « Fonds Suisse pour l’Avenir » vise à créer un véhicule commun spécialisé dans le capital-risque dans lequel les caisses de pension suisses auraient à investir à hauteur de 1% de leur entrée annuelle de fonds. La prise de risque est considérée comme négligeable et est évaluée à 0.3% de la totalité du capital. Elles pourraient ainsi bénéficier d’un placement potentiellement attractif tout en contribuant pro-activement au développement du tissu économique de demain, leur permettant ainsi de renouer avec leur nature profonde, celle d’investisseur à long terme.

Une incertitude demeure : la capacité des fonds de pension à assumer ce rôle. Disposent-ils aujourd’hui de suffisamment de moyens pour accompagner leur appétit pour le risque grandissant? Des études viennent apporter des éléments de réponse, dont notamment l’étude « Gobal Pension Risk Survey 2015» d’Aon Hewitt réalisée en Suisse qui souligne que la gestion des risques est en pleine mutation et des potentiels d’amélioration existent. L’utilisation de mesures qualitatives des risques est encore largement répandue et la référence de marché en matière de mesure quantitative demeure la volatilité des rendements. Cette dernière n’est pas toujours à même d’appréhender convenablement la complexité de certaines classes d’actifs. En effet, la volatilité repose sur l’hypothèse de normalité, à savoir que la distribution des rendements peut entièrement être décrite par la moyenne et la volatilité. Cette hypothèse est rarement vérifiée pour les produits alternatifs. Leurs distributions sont souvent asymétriques et présentent des « fat tails ». L’analyse de la volatilité comme indicateur quantitatif peut alors conduire au risque de sous-estimation de la probabilité d’occurrence des pertes extrêmes. Les institutions de prévoyances doivent donc fournir des efforts pour améliorer leur pilotage de gestion des risques et disposer à termes d’un cadre solide reposant sur l’utilisation des modèles de risque quantitatifs.

Cette mutation pourrait éventuellement être accélérée sous l’impulsion d’un cadre réglementaire spécifique, dans la lignée de Solvabilité II pour les assureurs et de Bâle II/III pour les banques. L’exclusion de ces institutions du périmètre Solvabilité II se justifiait à l’époque par leur capacité à exploiter le potentiel de partage intergénérationnel du risque. Tout comme les banques, les fonds de pension ont souffert durant la crise financière, l’encours total a chuté de 19.4% par rapport à décembre 2007. Dès 2010, les fonds de pension ont déjà récupéré de leurs pertes et leurs actifs n’ont cessé de croître sur les 6 dernières années à un rythme moyen de 8% par an. Même s’ils se sont rétablis et ont pansé leurs plaies depuis lors, les pertes subies en 2008 ont focalisé l’attention des autorités sur le risque lié à leur stratégie d’investissement. L’épineuse question de la mise en place d’un cadre de régulation en risque est pleinement d’actualité en Europe sous l’impulsion des recommandations de l’EIOPA et de son concept de « bilan holistique » (ou « Holistic Balance Sheet » - HBS). Selon Gabriel Bernardino, président de l’EIOPA, le HBS constitue « la bonne voie pour assurer à l’avenir aux institutions de pension professionnelle une structure de contrôle et de régulation harmonisée et fondée sur le risque ».

Pour que les fonds de pension soient à même de jouer leur rôle, leur cadre de gestion des risques doit être revisité et renforcé afin de garantir que les excès du passé ne se reproduisent pas. Sous ces conditions, la promotion du financement de marché deviendrait alors la clé de voûte d’une croissance durable tournée vers l’innovation.

 

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