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03/05/2016
L'eldorado iranien ne s'est pas matérialisé - Rencontre avec Pasha Bakhtiar

Il reste difficile d’investir sur ce marché aux 80 millions d’habitants en pleine phase d’ouverture après la levée de certaines sanctions internationales.

Depuis la levée de certaines sanctions internationales en janvier, on a lu et entendu mille fois que l’Iran est le dernier marché promettant un tel potentiel de croissance. Mais cet eldorado tarde à se concrétiser, entre craintes sur la réalité des privatisations, difficulté à trouver des financements ou doutes sur la qualité de la gouvernance des entreprises. Pourquoi il reste difficile d’investir en Iran.

Un pays riche en hydrocarbures mais à l’économie diversifiée, une population jeune et bien formée, des entreprises performantes et assoiffées de capitaux: sur le papier, le marché iranien devrait se révéler une véritable bénédiction pour l’investisseur occidental. Ce n’est pas un hasard si à peu près chaque pays industrialisé a dépêché des délégations de haut niveau à Téhéran depuis la levée de certaines sanctions américaines, en début d’année. Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann s’y est par exemple rendu fin février et un groupe de patrons genevois vient d’en revenir.

Les bénéfices des grandes entreprises iraniennes devraient doubler d’ici trois ans, après des années de croissance faible et d’exportations inexistantes à cause des sanctions internationales. Cette estimation de Turquoise Partners, qui se présente comme l’un des principaux fournisseurs de services financiers d’Iran, se double d’une deuxième bonne nouvelle: de nombreuses entreprises iraniennes sont à vendre.

Pourquoi? Car «la génération des créateurs de ces entreprises a envoyé les enfants étudier en Occident, mais à leur retour, ceux-ci ne sont pas intéressés à reprendre l’affaire familiale ou ne se sentent plus à l’aise dans la culture iranienne», explique Juhbin Alaghband, l’un des dirigeants de Turquoise, qui participaient hier à une conférence à Genève.

La stratégie de Turquoise, qui s’est allié à la banque Reyl dans un fonds de private equity sur l’Iran, consiste donc à améliorer ces sociétés, voire à les restructurer si nécessaire, dans l’optique de les céder aux multinationales déjà présentes en Iran, comme Nestlé, Unilever ou Carrefour. Des leaders mondiaux habitués à acquérir des champions nationaux afin d’étendre rapidement leurs parts de marché.

Le premier obstacle à surmonter est lié au financement. Il ne peut provenir de l’étranger, les banques locales sont encombrées de nombreux prêts non performants et les taux d’intérêt dépassent 20%. «Le modèle classique du private equity, qui implique un recours massif à l’endettement, n’est pas adapté, reconnaît Rouzbeh Pirouz, président exécutif de Turquoise. La solution consiste à effectuer une conversion des créances en actions et à obtenir de la croissance en développant de nouveaux produits par exemple. Mais le simple fait d’enlever le coût de la dette améliore immédiatement la performance d’une entreprise.»

Une autre question fondamentale concerne les privatisations effectuées en Iran. Est-ce que le fait de posséder une entreprise assure qu’on en détient aussi le contrôle? «Le mouvement de privatisation a été authentique dans la mesure où il a nécessité une modification de la Constitution, poursuit Rouzbeh Pirouz. Mais dans les faits, les acheteurs ont surtout été des entités semi-gouvernementales, comme des fonds de pension, les seuls à disposer de capacités financières.»

Ce mouvement n’a pas encore apporté de véritable pas en avant, reconnaît le diplômé de Stanford, Harvard et Oxford. Mais de petites améliorations se concrétisent peu à peu: les conseils d’administration des entreprises n’accueillent plus systématiquement cinq représentants du gouvernement et de véritables assemblées générales des actionnaires sont dorénavant organisées. «Il existe maintenant une véritable transparence, les dirigeants doivent rendre des comptes», conclut Rouzbeh Pirouz.

Sachant qu’environ 30% de l’économie iranienne reste contrôlée par des personnes ou des entreprises toujours soumises à des sanctions, comment un investisseur occidental peut-il réduire son risque? «En misant sur les nombreuses sociétés en mains familiales, qui représentent par exemple 17 des 20 plus grands acteurs du secteur de l’alimentation iranien», répond Ramin Rabil, le CEO de Turquoise.

Le «food & beverage» est l’un des secteurs privilégiés par les gérants de Turquoise. Pour son potentiel de développement et la force de ses marques, mais aussi parce qu’il offre une protection contre un éventuel «snap-back» des sanctions, conclut Ramin Rabil. C’est-à-dire la possibilité qu’elles soient rétablies si l’Iran ne respecte pas les engagements pris dans le cadre des accords avec Washington.

Une extrême diligence est nécessaire

Des facteurs exogènes et endogènes expliquent la difficulté à investir en Iran, énumère Pasha Bakhtiar, qui dirige Reyl Finance à Dubaï et participait à la même conférence que les dirigeants de Turquoise Partners, hier à Genève. Les premiers se trouvent aux Etats-Unis (certains lobbies sont contre l’accord conclu avec l’Iran et qui a permis la levée de certaines sanctions internationales), d’autres sont propres au golfe persique (la situation géopolitique est toujours fluctuante), et d’autres encore sont liés aux marchés (performances incertaines des bourses, difficulté à faire bouger les capitaux à cause d’un appétit pour le risque minime des banques correspondantes). Dans les raisons internes à l’Iran se trouvent le lobby interne, lui aussi opposé à l’accord, la lourdeur administrative iranienne, le système financier et bancaire local qui n’est pas aux normes internationales et le cadre légal pour les investisseurs étrangers qui n’a pas encore été testé.

Dans ces conditions, si de grandes entreprises internationales refusent de s’impliquer en Iran, ce n’est pas par crainte de risques juridiques, car il est maintenant clair qu’on sait ce qu’il est possible de faire sur place et ce qui ne l’est pas. Leur décision s’explique par leur refus d’effectuer une due diligence extrême, qui conduit à vérifier dans les moindres détails chaque opération, la moindre transaction avec l’Iran. 

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